Partager l'article ! DRAME DE LA MISERE AU BRESIL: Le calvaire d’une petite fille de neuf ans – comme on en déplore tant dans le monde – a fait irruption d ...
Le calvaire d’une petite fille de neuf ans – comme on en déplore tant dans le
monde
– a fait irruption dans le débat ecclésial et hexagonal
sur l’avortement. Ce cas exceptionnel, pour ne pas dire inimaginable, suscite émotions et troubles de conscience. On est obligé d'en parler...
Victime d’un compagnon de sa mère depuis quatre années, la petite fille endurait (comme sa sœur aînée handicapée) des viols à répétition. On la découvre enceinte de plus de trois mois. De jumeaux ! On la dit chétive, à cause de la malnutrition. Elle mesure 1,33 mètre et pèse 36 kg. Que dire du tortionnaire pédophile dont on peut supposer la misère morale ? Comment ne pas penser à Mère Teresa, envoyée par son appel « dans les taudis des pauvres, où ils pèchent atrocement ».
La position de Mgr Rey:« La vérité de la Vie » 16 mars 2009
Mgr Dominique Rey était au Brésil lorsque le drame de l'avortement d'une petite fille de neuf ans a
éclaté.
Pour l’évêque de Fréjus-Toulon, « la manière dont cette
affaire a été souvent rapportée et traitée travestit l’objectivité des faits, et instrumentalise un drame particulier ». Voici les explications et l’analyse de Mgr Rey, disponibles sur le site de
son diocèse, et que nous publions avec son aimable autorisation. On lira également le témoignage que le Père Rodrigues, curé de Alagoinha, lui a livré.
« De retour du Brésil où j’accompagnais une délégation d’évêques et de prêtres, j’ai été tenu directement au courant de l’affaire de la petite fille brésilienne de neuf ans qui a été violée, puis a subi un avortement. Elle attendait deux jumeaux. La presse internationale s’est emparée de cette affaire dans un contexte politique particulièrement polémique. En effet, actuellement, au Brésil sont débattues des dispositions législatives tendant à élargir le droit à l’avortement. Certains lobbies se sont saisis d’une tragédie particulière pour justifier l’extension des conditions légales de l’interruption volontaire de grossesse. La manière dont cette affaire a été souvent rapportée et traitée travestit l’objectivité des faits, et instrumentalise un drame particulier.
L’impératif de la charité à laquelle nous appelle l’Évangile a deux versants. En premier lieu, la Charité est attachée au principe de la Vérité. Aimer quelqu’un c’est refuser de lui mentir. En ce qui concerne l’avortement, l’Église répète depuis toujours qu’il constitue une offense à la vie même s’il est légalisé par la loi et promu par certains courants d’opinion publique. Depuis la conception jusqu’à la mort naturelle, toute vie est sacrée. Elle mérite d’être respectée d’autant plus qu’elle est fragile. Une humanité qui nie ce respect inaltérable de la vie court à sa propre perte. L’Église a toujours revendiqué le principe non négociable du respect de la vie de l’enfant à naître. Qui sommes-nous pour décréter qu’un être, fût-il au stade embryonnaire de son développement, mérite d’être éliminé ? Par rapport à toutes les formes de violence et d’atrocité (viol, meurtre...), l’avortement touche le principe même de la vie dans son commencement. Il nie l’origine : « L’avortement est ce qui détruit le plus la paix du monde aujourd’hui » (Mère Teresa).
Mais la charité s’accomplit toujours dans la miséricorde. C’est là son deuxième volet. Comme l’enseigne le Christ, tout légalisme enferme dans la
peur. Tout au long de Son ministère public Jésus a fait grâce à ceux qui s’écartaient des commandements de Dieu ou qui étaient des blessés de la vie. Une vérité qui oublie la miséricorde est une
vérité sans cœur.
Dans cette très douloureuse affaire de cette petite fille brésilienne, nous avons pu recevoir de multiples témoignages de cette miséricorde vécue par les communautés chrétiennes qui l’ont entourée et accompagnée face à la pression de certains lobbies qui s’exerçait sur elle et sur sa mère. Le Père Rodrigues, curé de leur paroisse, s’est dépensé sans compter pour cette famille en mobilisant toutes ses ressources pour la soutenir dans l’épreuve. Il dénonce « la manipulation de conscience et le manque de respect pour la vie humaine » dont toute la famille a été l’objet (cf. son témoignage).
Cette tragédie nous place sur la ligne de crête de la charité. Celle-ci doit rappeler à temps et à contretemps le respect dû à la vie, et d’autre part manifester notre compassion vis-à-vis des plus faibles et des plus fragiles comme cette petite fille victime des pulsions criminelles de son beau-père violeur.
Après les premières déclarations de l’archevêque de Recife, la conférence des évêques du Brésil a précisé que la petite fille et sa mère n’ont fait l’objet d’aucune excommunication. Au-delà des réactions médiatiques qui surfent sur l’émotionnel, le drame qu’ont vécu cette petite fille et toute sa famille invite la communauté internationale qui s’est saisie de cette affaire, mais aussi chacun d’entre nous, à gravir ensemble les deux versants de la charité.
« Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent », chante le psalmiste. Aimer c’est rappeler la vérité de ce qu’est la vie, et œuvrer de toutes ses forces pour la rendre possible.
Toulon, le 15 mars 2009 + Dominique Rey Evêque de Fréjus-Toulon
Source : Diocese-frejus-toulon.com avec son aimable autorisation.
Du côté de l'enfant
brésilienne, par Mgr Rino Fisichella, archevêque, président de l'Académie pontificale pour la vie. 16 mars 2009 [Document Osservatore
romano]
Il arrive que le débat sur certaines questions se fasse serré, et que les différentes perspectives ne permettent pas toujours de voir à quel point l'enjeu est vraiment grand. C'est le moment où l'on doit regarder à l'essentiel et, pour un instant, laisser de côté ce qui ne touche pas directement au problème.
Le cas, dans sa tragédie, est simple. C'est un enfant de seulement neuf ans — nous l'appellerons Carmen — que nous
devons regarder droit dans les yeux, sans détourner même un instant le regard, pour lui faire comprendre combien nous l'aimons. Carmen, à Recife, Brésil, violée de façon répétée par son jeune
beau-père, se retrouve enceinte de deux jumeaux et n'aura plus une vie facile. La blessure est profonde parce que la violence entièrement gratuite l'a détruite en profondeur, et lui permettra
difficilement à l'avenir de regarder les autres avec amour.
Carmen représente une histoire de violence quotidienne et a fait les unes des journaux uniquement parce que l'archevêque d'Olinda et de Recife s'est hâté de déclarer l'excommunication
pour les médecins qui l'ont aidée à interrompre la grossesse.
« Il n’y a pas de mot »
Une histoire de violence qui, malheureusement, serait passé inaperçue, tellement on s'est habituée à subir chaque jour des faits d'une gravité sans égal, s'il n'y avait eu la rumeur et les réactions suscitées par l'intervention de l'évêque. La violence sur une femme, déjà grave en elle, revêt un relief encore plus déplorable lorsque c'est un enfant qui la subit, avec pour l'aggraver la pauvreté et de la dégradation sociale dans laquelle elle vit.
Il n'y a pas de mot pour condamner de tels épisodes, et les sentiments qui en dérivent sont souvent un mélange de rage et de rancune qui ne s'apaise que quand la justice est réellement rendue, et quand la peine infligée au délinquant impliqué est appliquée.
Carmen devait être avant tout défendue, embrassée, caressée avec douceur pour lui faire sentir que nous étions tous avec elle ; tous, sans aucune distinction.
Avant de penser à l'excommunication il était nécessaire et urgent de sauvegarder sa vie innocente et de la ramener à un niveau d'humanité dont nous, hommes d'Église, devrions être experts et maîtres de l'annonce. Cela n'a malheureusement pas été le cas, et la crédibilité de notre enseignement s'en ressent, qui apparaît aux yeux de beaucoup comme insensible, incompréhensible et privé de miséricorde.
C'est vrai, Carmen portait en elle d'autres vies innocentes comme la sienne, même si elles étaient fruit de la violence, et qui ont été supprimées ; cela, toutefois, ne suffit pas pour porter un jugement tranchant comme une hache. Dans le cas de Carmen, la vie et la mort se sont heurtées. À cause de son très jeune âge et de conditions de santé précaires, sa vie était mise en sérieux danger par la grossesse en cours.
Comment juger ?
Comment agir dans ce cas ? Décision ardue pour les médecins, et pour la loi morale elle-même. Des choix comme celui-ci, même dans une "casuistique" différente, se répètent quotidiennement dans les salles de réanimation et la conscience du médecin se retrouve seule avec elle-même dans l’acte de devoir décider ce qu'il convient de faire.
Personne, de toute façon, n'arrive à une décision de ce genre avec désinvolture ; il est injuste et offensant de seulement le penser. Le respect dû au caractère professionnel du médecin est une règle qui doit impliquer chacun, et ne peut pas permettre d'arriver à un jugement négatif sans avoir auparavant considéré le conflit qui s'est créé au fond de lui. Le médecin porte avec lui son histoire et son expérience ; un choix comme celui de devoir sauver une vie, tout en sachant qu'on en met une deuxième à grand risque, n'a jamais été vécu avec facilité. Certes, certains s'habituent aux situations au point de ne plus éprouver d'émotion ; dans ces cas, le choix d'être médecin est réduit au seul métier vécu sans enthousiasme et subi passivement.
Carmen a proposé un cas moral parmi des plus délicats ; le traiter de façon expéditive ne rendrait justice ni à sa
fragile personne ni à ceux qui sont impliqués à différents titres dans l'événement. Comme chaque cas individuel et concret, de toute façon, il mérite d'être analysé dans sa particularité, sans
généralisation.
La morale catholique a des principes qu'on ne peut négliger, même si on le voulait. La défense de la vie humaine depuis sa conception en fait partie, et se justifie par la sacralité de
l'existence. Chaque être humain, en effet, depuis le premier instant porte imprimée en lui l'image du Créateur, et pour cela nous sommes convaincus que la dignité et les droits de chaque personne
doivent lui être reconnus, et premier parmi tous celui de son intangibilité et de son inviolabilité.
L'avortement provoqué a été toujours condamné par la loi morale comme un acte intrinsèquement mauvais et cet enseignement demeure inchangé depuis les premiers jours de l'Église. Le concile Vatican II, dans Gaudium et Spes — document de grande ouverture et perspicacité en référence au monde contemporain — emploie de manière inattendue des mots sans équivoque et très durs contre l’avortement direct. Même la collaboration formelle constitue une faute grave qui, lorsqu'elle est réalisée, met automatiquement hors de la communauté chrétienne. Techniquement, le Code de droit canonique emploie l’expression latae sententiae pour indiquer que l'excommunication se réalise dans l'instant même où le fait se produit.
Retenons qu'il n'y avait nul besoin de tant d'urgence et de publicité pour déclarer un fait qui se réalise de
manière automatique.
« Malgré la présence du mal »
Ce dont on ressent le plus grand besoin en cet instant, c'est d'un témoignage de proximité avec ceux qui souffrent, un acte de miséricorde qui, tout en maintenant fermement le principe, est capable de regarder au-delà de la sphère juridique pour rejoindre ce que le droit lui-même prévoit comme but de l'existence : le bien et le salut de ceux qui croient en l'amour du Père et de ceux qui accueillent l'évangile du Christ comme les enfants que Jésus appelait auprès de lui et prenait dans ses bras en disant que le règne des cieux appartient à ceux qui sont comme eux.
Carmen, nous sommes avec toi. Nous partageons avec toi la souffrance que tu as éprouvé, nous voudrions tout faire pour te rendre la dignité dont tu as été privée et l'amour dont tu auras encore plus besoin. Ce sont d'autres qui méritent l'excommunication, et notre pardon, pas ceux qui t'ont permis de vivre et t'aideront à retrouver l'espoir et la confiance. Malgré la présence du mal et la méchanceté de beaucoup.
© L'Osservatore romano - 15 mars 2009.
Brésil : « Ce que la presse ne dit pas », témoignage du Père Rodrigues, curé de Alagoinha 16 mars 2009
« Notre ville a été secouée par une nouvelle tragique : une enfant de neuf ans victime des abus sexuels de son beau père était enceinte de jumeaux. Sa sœur aînée, âgée de 13 ans, avait subi les mêmes sévices. Cette horrible histoire durait depuis près de trois ans.
Quand le conseil de Alagoinha a découvert les faits, il a tenté de tout mettre en œuvre pour aider les enfants et les parents. Le 27 février, la justice a confié les enfants à l’institut médical légal de Caruaru, dans l’Etat de Pernambuco. D’autres examens complémentaires ont été réalisés (avec des sexologues, des psychologues) ensuite à l’institut médical de l’enfance de Recife. C’est à cet endroit que la victime a rencontré une assistante sociale du nom de Karolina Rodrigues et son assistante Marie-José Gomes. Cette dernière a refusé l’hypothèse de l’avortement au nom de sa conscience chrétienne. Karolina Rodrigues a décidé de porter ce cas devant le conseil de Alagoinha. Les cinq conseillers de la ville ont refusé pour les mêmes motifs. Ils ont transmis leur avis à l’institut médical de Caruaru. Une copie a été donnée à Karolina Rodrigues en ma présence et celle du père de la victime, monsieur Erivaldo.
Le 28 février, je suis invité à participer au conseil de l’institut médical de l’enfance de Recife en compagnie de
Marie-José Gomes et de deux membres de notre paroisse. Nous en profitons pour aller visiter la victime et sa mère. Elles se trouvent au quatrième étage de l’établissement, dans un appartement
isolé. L’accès est très strict. Je suis obligé de rester dans le couloir mais j’arrive à parler avec la mère de la petite. Elle m’avoue “avoir signé des papiers”. Je m’inquiète car cette femme
est analphabète. Comme elle est incapable d’apposer sa signature, on a pris ses empreintes digitales. Je lui demande ce qu’elle pense à propos de l’avortement. Elle montre des sentiments très
maternels et surtout une préoccupation extrême pour sa fille. Elle répond : “Je ne veux pas que ma fille avorte…” La maman me parle de son état de santé : “Ça va bien,
elle joue avec des poupées qu’on vient de lui donner.” Nous repartons avec la ferme
conviction que la mère est totalement défavorable à l’avortement de ses petits fils. “Personne n’a le droit de tuer personne » ajoute-t-elle. « Seul Dieu peut disposer de la vie…”
Le 2 mars, nous retournons à l’institut de Recife. Nous sommes autorisés à monter au 4e étage pour visiter la victime. Mais, arrivés au premier étage, un fonctionnaire de l’institut nous interdit de monter plus haut. Il nous demande de voir l’assistante sociale dans un autre bâtiment. Nous tombons nez à nez avec Karolina Rodrigues. Je suis en compagnie de Marie José Gomes et de monsieur Erivaldo qui s’oppose à “l’avortement de ses petits fils”. Quand l’assistante découvre mon identité, elle dit devant tout le monde : “Il s’agit d’une affaire médicale même si le prêtre qui est là estime qu’il s’agit d’une question de morale.” Nous interrogeons Karolina Rodrigues sur l’état de santé de l’enfant. Elle affirme que tout est déjà résolu avec l’accord de la maman. La procédure médicale va suivre son cours. Elle insiste sur son état critique sans fournir aucun élément de la part d’un médecin. Elle se retranche aussi derrière la loi : “Dans ce cas, le mieux est de sauver la vie de l’enfant.” Nous répondons : “Il n’y a pas une seule vie à sauver mais trois !” Elle ne veut rien entendre. Karolina Rodrigues demande à Monsieur Erivaldo de lui parler seul à seul. Pendant près de 25 minutes. En sortant, ce dernier me révèle qu’il vient de changer d’avis à propos de l’avortement : “L’assistante m’a prévenu que ma fille était menacée de mort... Si elle est en danger, il faut la sauver… Quitte à lui retirer les fœtus” a-t-il murmuré.
Tout paraissait alors terminé. C’est alors que l’archevêque de Recife, dom José Cardoso, et l’évêque de Pesqueira, dom Franceso Biasin, se sont impliqués dans la procédure. Mgr Cardoso a convoqué un groupe de médecins, d’avocats, de psychologues, de juristes pour étudier la légalité de cette affaire. Lors de cette réunion, le 3 mars, à la résidence de l’archevêque, il y avait le directeur de l’institut médical de l’enfance de Recife, Antonio Figueiras. Il a reconnu en public les pressions exercées par Katerina Rodrigues. Il a contacté l’hôpital pour suspendre l’avortement.
Un peu plus tard, l’archevêque de Recife reçoit un appel de monsieur Figueiras l’informant qu’un groupe féministe – Curumin – aurait convaincu la maman d’accepter un transfert de sa fille vers un autre hôpital. Nous retournons sur place avec Maria Gomes. On l’a fait attendre en prétextant la rotation des équipes (l’enfant était déjà transférée). Personne n’ose lui dire quelque chose. Comment une personne en péril de mort peut-elle obtenir un bon de sortie ? Comment l’état de la victime a-t-il pu changer si rapidement ? Qu’est-ce que le Curumin a pu dire à la mère .
Le 4 mars, nous apprenons que l’enfant est internée à l’hôpital de CISAM (centre intégral de santé Amaury de
Medeiros spécialisé dans les grossesses à risques). Cela se trouve au nord de Recife. Notre espoir de voir deux enfants vivants disparaît brutalement. Tout cela à cause d’une manipulation de
conscience et d’un manque de respect pour la vie humaine. J’ai raconté tout cela pour que les gens sachent la vérité. »
Le 10 mars 2009 Source : Diocese-frejus-toulon.com avec son aimable
autorisation.
EPILOGUE brésilien ?
Mgr Sobrinho, l’archevêque d’Olinda et Recife, qui s’était battu pour essayer de sauver la vie des
jumeaux dont était enceinte une fillette de neuf ans, a reçu jeudi soir le prix Cardinal von Galen attribué par
l’organisation Human Life International. Ce prix porte
le nom du prélat allemand qui s’opposa héroïquement au national-socialisme, portant notamment un coup d’arrêt au projet d’Hitler d’exterminer les handicapés par ses prises de parole publiques
contre la persécution des juifs.
Human Life International est un organisme catholique de défense de la vie, présent dans de nombreux pays, dont le responsable actuel, le père Euteneuer, s’est élevé contre la campagne médiatique qui a frappé l’archevêque brésilien. Mgr Cardoso a été flétri pour avoir déclaré, en réponse à des journalistes, que la mère de la petite fille avortée ainsi que les médecins responsables de l’intervention s’étaient excommuniés. Il avait précisé que l’Eglise n’allait pas «notifier» cette excommunication aux intéressés parce qu’il s’agissait simplement de faire «réfléchir» ceux qui ont choisi l’avortement volontaire. L’affaire s’est compliquée par la publication d’une «note» de Mgr Rino Fisichella, président de l’Académie pontificale pour la Vie, désavouant l’archevêque de Recife. On sait depuis que Mgr Fisichella «enrage» d’avoir été amené à publier cette mise au point sur la base d’informations trompeuses.
Le directeur de l’organisation pour les pays de langue portugaise, Raymond de Sousa, ainsi que le chef du bureau de HLI à Rome, Mgr Ignacio Barreiro-Carambula, se sont déplacés à Recife pour remettre officiellement le prix à Mgr Cardoso, soulignant lors de la cérémonie que celui-ci avait «osé affronter les médias du monde entier, il n’a pas eu peur de l’impopularité». Mgr Cardoso Sobrinho, se disant très «surpris» par cette gratification, a souligné qu’il ne la recevait pas à titre personnel mais au nom de l’Eglise catholique. Rappelant que Benoît XVI avait tenu, en février, en recevant les lettres de créance du nouvel ambassadeur du Brésil près le Saint-Siège, à redire qu’il faut défendre la vie humaine «dès la conception», Mgr Cardoso a expliqué qu’il s’était «borné à suivre les principes de l’Eglise et du Droit canon». Et de déclarer que s’il était resté silencieux après la réalisation de l’avortement, il se serait senti «complice», «quasiment en connivence». «J’ai fait mon devoir !»
Brésil : enjeux éthiques du drame d'une innocence violée ,13 mars 2009 par délégué général de l’Alliance pour les droits de la vie.
L’histoire est à couper le souffle. Son issue, dramatique, imposerait soit l’engagement au service des plus démunis, soit le silence. Or, justement, voilà qu’elle devient emblématique d’un débat qui secoue le Brésil et dont l’écho soudain envahit la planète, jusqu’à jeter le trouble chez de nombreux fidèles catholiques. Le mot « excommunication » prononcé à l’endroit des médecins qui ont pratiqué l’avortement et de la mère de la petite fille sonne comme une injustice. Déjà incompréhensible sans le regard de la foi et de la miséricorde, il semble fonctionner, dans le cas d’espèce, comme un boomerang fragilisant le message de l’Église au service de la vie.
Ce que dit l’Église
Si ce qu’on dit est vrai – mais qui a accès au dossier médical ? – la poursuite de la grossesse gémellaire chez une petite fille à peine pubère dont le viol à répétition aurait provoqué la fécondité précoce mettait sa santé voire sa vie en danger. Tandis qu’on recherche, en vain, un texte de la doctrine catholique qui envisage explicitement pareille situation – mais les textes ne peuvent tout envisager – le cœur est saisi d’effroi à l'idée qu'une enfant doive endurer une grossesse gémellaire à cet âge, ne pouvant vraisemblablement aboutir, en l'absence d'une intervention médico-chirurgicale, qu'à un avortement spontané dramatique en cours de grossesse ou à la mort probable de la mère en couches, et ce par la faute d'un beau-père violeur.
Dans la Charte des personnels de la santé édictée en 1995 par le Conseil pontifical pour la pastorale des services de la santé, il est précisé, à l’article 141, que « en certains cas,
en refusant l’avortement, on porte préjudice à des biens importants qu’il est normal de vouloir sauvegarder ». Le texte évoque notamment « le cas de la santé de la mère » et celui « d’une
grossesse dont l’origine est le viol ». Sans « méconnaître ou minimiser ces difficultés et les raisons qui les sous-tendent », il confirme que « la vie, en fait, est un bien trop fondamental pour
être mis en comparaison avec certains inconvénients même graves ».
L’Église a reconnu à ce titre l’exemplarité d’une femme, sainte Gianna Beretta-Molla. Opérée d'un fibrome dans l'utérus, elle a demandé explicitement que l'on sauve son quatrième enfant avant de mourir quelques jours après la naissance, en 1962. Mais cette mère héroïque n’était pas moralement contrainte au choix auquel elle s’est sentie librement appelée. Contrairement à certaines idées reçues, l’Église n’exige pas qu’une femme enceinte sacrifie sa vie pour conduire une grossesse à son terme.
L’article 142 de la même charte évoque en effet certaines situations particulières « quand l’avortement s’ensuit, comme conséquence prévue, mais non convenue et non voulue, simplement tolérée, d’un acte thérapeutique inévitable pour la santé de la mère, celui-ci est moralement légitime ».
Dans le cas d’espèce
Ce type de disposition s’applique-t-il au cas d’espèce ? À première vue, non. L’avortement pratiqué par les médecins sur la petite fille violée ne semble pas la conséquence d’un acte thérapeutique inévitable pour sa santé, mais l’acte lui-même.
Il est, à ce stade, nécessaire de préciser la définition de l’avortement tel que la rappelle l’encyclique Evangelium vitae : « meurtre délibéré et direct, quelle que soit la façon dont il est effectué, d’un être humain dans la phase initiale de son existence, située entre la conception et la naissance » (art. 58).
Cependant, certains vont répondre à cette définition que, dans le cas de la petite fille de neuf ans, la mort des jumeaux n'était pas voulue en elle-même, mais devait être considérée comme la conséquence d'une décision médicale thérapeutique. Il s'agissait de mettre fin à un développement fœtal incompatible avec un accouchement par les voies naturelles, et qui mettait en jeu la vie de la mère sur tous les plans, cardiaque, rénal, hépatique, nutritionnel, métabolique et endocrinien. Il s'agirait donc ici non pas d'un « avortement délibéré », criminel, mais d'un « arrêt thérapeutique de la grossesse », exceptionnellement légitime. La mort des jumeaux ne serait en définitive que la conséquence inévitable du crime commis par leur géniteur.
De cas limite en cas limite
Ce raisonnement casuistique permettrait de dédouaner les médecins. Il ne convainc pas vraiment si les médecins avaient d'autres moyens de sauvegarder la santé et la vie de la petite fille. En en restant à un niveau médical de froide logique, en ignorant les circonstances extrêmes, humaines et sociales dans lesquelles se déroulait le drame de cette grossesse d'origine criminelle, et en ne prenant pas en compte le coût physique voire économique d'une telle opération, on peut effectivement s'interroger sur la possibilité d'une délivrance très précoce par césarienne. Celle-ci aurait-elle pu être tentée dans ce cas, sauvant la mère, et sauvegardant, ne fût-ce qu'un moment, l'existence des enfants ? Est-ce cela que le père de la petite fille (à ne pas confondre avec le beau-père violeur) demandait ?
Quoi qu’il en soit de la justesse de la décision médicale – et nous ne nous sentons pas le droit de la juger, en l'absence d'un minimum d'information spécifique – on n'en reste pas moins perplexe devant ce cas, ne fût-ce que par l'argumentation émotionnelle facile qu'il procure à ceux qui veulent que s'effondre l'interdit du meurtre… De « cas limite » en « cas limite », la situation française n’a-t-elle pas connu une banalisation quantitative de l’IVG ?
Rien n’est jamais perdu
Les réflexions qui précèdent peuvent choquer lorsqu’on prend la mesure de ce qu’a enduré de sordide la
première victime du drame, si nous laissons nos cœurs parler. Mais la confusion
voire le traumatisme que la médiatisation du cas provoque chez les catholiques rend peut-être ces réflexions nécessaires. Pour beaucoup, la question est : peut-on manifester un attachement absolu
au respect de la vie (et donc une opposition à tout avortement) sans contester l’attitude des médecins et de la mère de la petite fille enceinte ? La réponse dépend surtout de l’intention de ceux
qui l’ont avortée et, notamment du risque que sa grossesse lui faisait encourir. Les révélations qui commencent à poindre sur la façon dont le drame s’est noué laissent à penser que la petite
fille et sa maman, analphabètes, ont pu être manipulées.
Quant à l’excommunication – quelles que soient, dans le cas brésilien, sa pertinence et la pertinence de son mode de communication – il faut souligner ce qu’en dit l’article 145 de la même Charte : elle est motivée par « la gravité du péché d’avortement et la facilité avec lequel on l’accomplit, sous le couvert de la loi et de la mentalité courante ». Elle « a une signification essentiellement préventive et pédagogique » qui vise à « secouer l’insensibilité des consciences ». On voit mal, dans le cas d’espèce, sa valeur pédagogique dans notre contexte hexagonal.
En France, où l’anesthésie des consciences se double de profondes souffrances personnelles et sociales liées à
l’avortement, il y a fort à faire pour expliciter que l’excommunication est pour l’Église « un constat » lorsqu’il y a objectivement une faute grave, afin que, sur le lieu de cette faute, la
miséricorde infinie de Dieu soit appelée et accueillie. C’est donc en principe un « service » rendu à son destinataire. Car aux yeux de l’Église « rien n’est perdu ». C’est ce que dit Jean Paul
II dans Evangelium vitae aux femmes ayant avorté. Il les invite à s’ouvrir au « Père de toute miséricorde ». N’est-ce pas de ce message-là que tant de femmes – et d’hommes – ont besoin
?
Benoît XVI dénonce l’avortement présenté comme un soin de santé
Vendredi 20 mars 2009 (ZENIT.org) - L'Eglise sera toujours aux côtés des plus pauvres sur le continent africains, à travers son soutien aux familles, aux malades du SIDA, et son action pour promouvoir « l'égale dignité des hommes et des femmes ».
C'est ce que Benoît XVI a affirmé ce vendredi, en fin d'après-midi, dans son discours aux autorités civiles et politiques et au Corps diplomatique de l'Angola, dans le cadre de son
voyage apostolique en Afrique.
« Je peux vous assurer qu'à travers les activités diocésaines, les innombrables œuvres éducatives, sanitaires et sociales prises en charge par les différents Ordres religieux, les programmes de développement des Caritas et d'autres organisations, [l'Eglise] continuera à faire tout ce qui est en son pouvoir pour soutenir les familles - y compris celles qui sont frappées par les effets tragiques du Sida - et pour promouvoir l'égale dignité des hommes et des femmes sur la base d'une harmonieuse complémentarité », a dit le pape.
Benoît XVI a qualifié de « particulièrement bouleversant », « le joug opprimant des discriminations qui pèsent sur les femmes et sur les jeunes filles, sans parler de l'innommable pratique de la violence et de l'exploitation sexuelle qui leur cause tant d'humiliations et de traumatismes ».
Dans ce contexte, le pape a tenu à « mentionner un autre grave sujet de préoccupation : les politiques de ceux qui, dans l'illusion de faire progresser l'« édifice social », en menacent les fondements mêmes ».
« Combien est amère l'ironie de ceux qui promeuvent
l'avortement au rang des soins de la santé
des ‘mamans' ! Combien
est déconcertante la thèse de ceux qui prétendent que la suppression de la vie serait une question de santé reproductive (cf. Protocole de Maputo, art. 14) ! »,
a déploré le pape.
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